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Eric Hennekein : Y a-t-il dans
votre livre " N'oublie pas d'être heureuse " une part
autobiographique ? Christine Orban : Oui. C'est moi qui parle et le cadre est celui de mon
enfance. Il y a des détails que j'ai modifiés, comme par exemple l'absence de
la soeur que j'avais... EH : ... il y a une soeur. CO : C'est une amie. EH : Qui " joue " le
rôle de la soeur... CO : C'est vrai ..., elle va mourir " comme ma petite
soeur ". Il y a une unité de lieux que j'ai simplifiée, car ceci
m'intéresse moins que ce qui se passe dans la tête de mes personnages. EH : Votre livre est beau ;
esthétiquement il est très réussi, l'image de couverture est belle, le titre est
percutant ... CO : C'est le travail de mon éditeur et c'est aussi mon
seizième roman que je publie. Je dois dire que lorsqu'ils m'ont présenté cette
maquette j'ai immédiatement trouvé celle-ci réussie. EH : J'ai pris plaisir à lire
votre livre, à prendre le temps de le lire. Il me semble que l'on prend plaisir
à lire votre livre parce qu'il est " doux ". On a l'impression de s'y
installer tranquillement et on n'a pas envie de le quitter. CO : Je n'ai pas eu non plus l'envie de le quitter. J'étais
bien avec mes personnages et cela m'arrive parfois ; j'ai souvent un baby
blues au moment où je termine un livre car j'ai l'impression que la vie
intérieure, la vie imaginaire, est une double vie. Une vie à part entière, une
vie importante. EH : Je réalise ces entretiens
d'auteurs afin de les publier sur mon site Internet de psy, et d'en recommander
la lecture. Lors de ma lecture, j'essaye de porter un regard, de trouver une
approche qui pourrait intéresser, interpeller mes patients, sur certains
aspects de la vie, sur la façon d'aborder certaines difficultés de la vie, vue
par des personnages de roman. Dans votre livre, tout d'abord j'ai trouvé que le
fait qu'il soit scindé en deux parties est intéressant : comme s'il y
avait une opposition de " papa / maman ", c'est-à-dire une première
partie qui va voir la mort de papa, puis, dans la deuxième partie du livre,
c'est vous qui quittez votre mère. CO : Mon éditeur, à la lecture du manuscrit, m'a proposé
d'en faire deux livres et je m'y suis opposée : ce qui m'intéresse c'est
de " trimballer " une même personne dans des lieux différents.
Finalement, on peut faire des expériences très différentes mais en restant, en
se trouvant, soi-même. C'est la même personne, Maria-Lila, qui, à Paris, va
souffrir de sa sensibilité, mais elle va en vivre l'expérience dans des lieux
différents. C'est une expérience de vie.
EH : C'est le même personnage,
Marie-Lila, qui va découvrir deux facettes de sa personnalité ; d'un côté
elle est en lien très fort avec son père, en ayant une proximité, une
sensibilité, une amitié, une façon de penser qui est très proche de ce dernier.
Pour preuve, lorsque son père va mourir, elle ne tardera pas à quitter le
Maroc, elle va voyager et en quelque sorte réaliser le rêve de papa... CO : c'est vrai et je ne le voyais pas comme cela. EH : Et dans la deuxième partie
du roman, Maria-Lila, va quitter sa mère, comme mourir symboliquement à la
relation de vie, de proximité à sa propre mère. Il est interpellant de
constater qu'elle se retrouve, à Paris, dans des comportements, des façons
d'être et de penser qui sont très proches de ceux de sa mère. Ne va-t-elle pas,
tout en étant éloignée géographiquement de maman, vivre une vie personnelle et
se découvrir, proche de celle que vit sa mère ? CO : Ce que je veux, c'est partager avec mes lecteurs, que
je sens très proches de moi, ce dont j'ai toujours rêvé : j'aurais voulu
" être psy " ; et les " patients " que je n'ai pas,
sont les personnages, héros et héroïnes, de mes romans : je choisi des cas
qui m'intéressent et j'essaye de comprendre d'analyse ce qui se passe. Comme je
n'ai pas réellement de patients à soigner, je propose à travers mon roman juste
une expérience qui peut aider. Tout comme cela m'a aidé pendant mon long
travail d'analyse - que j'ai poursuivi en travaillant seule, notamment en
lisant. J'ai beaucoup lu, et c'est ce qui m'a souvent permis de me faire la
remarque que je n'étais pas seule à avoir vécu, ressenti, telle ou telle chose.
De mon expérience cela participe de la thérapie. L'un des points qui m'ont fait
souffrir c'est surtout ma différence : à Paris, on me prend pour une snob.
Ce doit être dans mon attitude car je ne suis pas héritière d'une grande
famille parisienne ou aristocratique. Je voulais être acceptée pour ce que je
suis vraiment, aimée ou pas n'est pas important pour moi. Etre moi ! Je
voulais aussi raconter la difficulté à être confrontée à un autre milieu tout
en restant soi. Ce qui m'intéresse avec la petite Maria-Lila, à qui je fais
monter des escaliers pour représenter l'ascension sociale à laquelle elle va
être confrontée : elle va être regardée de haut, elle va être attendue en
haut et examinée ! C'est toute la difficulté de rester soi quand on est
jeune et peu ou pas sûr de soi, face à quelqu'un qui va incarner le chic, la
vie parisienne, le pouvoir et tout le reste. La personnalité se dissout et on
ne se sent plus rien, on devient comme une flaque ; cela m'intéressait
pour dire " restez et soyez vous-même, ce n'est pas si mal que
cela ! " J'en ai fait l'expérience, je me sentie mal, j'ai pensé que
l'autre c'était mieux, d'où les allusions au snobisme, qui peuvent être perçues
comme futiles, mais qui ne le sont pas du tout. Je crois que le snobisme c'est
de penser que " l'autre est mieux ", certainement par vanité. J'ai mis
longtemps pour pouvoir me retourner de façon plus objective sur mon passé, sur
mon enfance. Cette phrase, " n'oublie pas d'être heureuse " n'est pas
réellement une phrase de mon père, c'est une phrase de moi à moi-même !
J'ai eu l'impression d'être orpheline, car mon père est décédé alors que
j'étais jeune ; et ma mère ressemble beaucoup au personnage du
roman : une femme lymphatique. J'ai encore l'impression d'avoir élevé ma
mère, de l'avoir beaucoup aidée en devant sans cesse être forte... . EH : N'auriez-vous pas repris à
votre compte, de vous investir fortement dans la relation à votre mère, en
modifiant, en vous imposant d'être heureuse, ce que votre père probablement
n'avait pas réussi à faire avec elle ? CO : C'est ce que vous entendez ? EH : Est-ce que le père n'est pas
le réel vecteur d'aller de l'avant, d'en découdre avec la vie, au risque d'y
perdre la santé, " d'y rester " ? Mais, peut-être n'a-t-il pas
réussi, a-t-il " oublié d'être heureux " ? CO : ... EH : Est-ce que la mère n'est pas
une " vraie snob ", une vraie profiteuse, jouisseuse de la vie ?
N'est-ce pas cela le véritable snobisme que de pouvoir profiter de son
patrimoine, de sa villa, de son bord de mer, de s'attacher à rester en bonne
santé ? CO : Vous me l'apprenez. Maman est certainement une " vraie "
forte. Une sage. Je me demande encore souvent : " comment se fait-il
que maman est restée comme cela " ? Maman n'a jamais eu besoin
de se confronter aux autres. EH : Ne s'est-elle pas laissée
affronter par papa, le laissant se perdre ? CO : Oui, elle a accepté d'épouser mon père qui était un
homme intelligent. EH : La mort prématurée de votre
père ne lui marquera-t-elle pas de facto son impossibilité à changer, à
évoluer ? CO : Je ne sais pas. Je n'ai pas bien compris les mystères
de ma mère. EH : Est-ce que la place que
prend Fifi dans le roman ne serait pas l'image projetée de la mère idéale :
celle qu'elle aurait aimé voir substituer à sa propre mère ? Marie-Lila ne
va-t-elle pas découvrir à travers Fifi " la mère de tous les
possibles " ? C'est celle qui est la belle parisienne pendant les
vacances d'été dans le petit village de Fédala, au Maroc. Il n'en sera pas de
même, vu de Paris cette fois-ci ! CO : Ce sont aussi les héros de jeunesse qui subissent le
regard de Maria-Lila et de sa cousine, qui, devenues adultes, vont juger,
porter un regard critique : Fifi, d'une femme digne d'admiration, vue en
parisienne, devient un peu ridicule ! EH : Finalement, la mère de
Maria-Lila ne sera jamais ridicule ; deviendrait-elle une mère de
référence ? Indétrônable ? CO : C'est vrai. EH : Marie-Lila a eu besoin de
s'éloigner physiquement de sa mère, de la même façon que le père s'est éloigné,
d'abord par son métier d'assureur maritime, puis définitivement par la mort
subite : est-ce que vous partager cette analyse ? CO : Oui. En fait, sa mère n'avait pas besoin, comme elle,
de se lancer des défis ; ce roman traite aussi de ces défis que l'on se
lance, jusqu'à en oublier à être heureux, car notre vie, bien malgré nous, est
faite de défis. On fait des études qui sont longues, difficiles, parfois
ennuyeuses, males orientées, " parce qu'il le faut " ... EH : Bien que vous
personnellement, ayant fait de longues années d'études pour devenir notaire,
vous avez dû très certainement chercher à faire plaisir à maman ! CO : Mais c'est à papa ... je suis notaire : " vous
ne croyez pas ? ". Mais maman est très fière de moi, bien que j'ai eu
souvent l'impression qu'elle avait de fausses valeurs : elle était fière
chez moi de choses plus superficielles. Ce n'est pas ce que j'aurais espéré. (Long
silence). CO : Donc cette femme qui ne se lance pas vraiment de
défis ; une femme qui est bien là où elle est.... EH : ... une mère qui va plus que " stagner "
dans la vie, comme vous le laisseriez entendre, mais qui va jouer un véritable
point de repère, tout comme un phare qui indique indéfectiblement l'entrée du
port pour les marins qui y entrent. Une mère qui va permettre à sa fille de
pouvoir partir, mais aussi de savoir qu'elle va toujours pouvoir revenir à/sur elle-même. CO : Pourquoi ? EH : Je trouve extraordinairement
fort que vous ayez personnellement un " couple " de garçons !
C'est une belle, trop parfaite réponse, reproduction, du schéma de vos
parents ! CO : Le trouvez-vous ? EH : Le couple de filles qui ne
réussira pas à vivre, " emporté " par le départ, la mort de papa,
mais aussi le décès de votre soeur : ne vous restait-il pas à vous éloigner
- vous aussi - de votre mère que pour mieux " faire comme elle ".... Un
couple de garçons ? Un couple de garçons pour lui faire " un pieds de
nez ", tout en faisant plaisir à votre père ! CO : Effectivement et pour moi c'était terrible, parce que
je ne voulais pas de filles. J'ai été marié, une première fois, sans enfant. La
deuxième fois, je n'en voulais toujours pas, j'ai même averti mon actuel mari
que les enfants pour moi, " c'est philosophique". J'avais décidé que je ne
voulais pas d'enfant. Puis, j'ai été en analyse et la vie en a décidé
différemment et Dieu merci c'est la plus grande joie que j'ai
aujourd'hui d'avoir mes deux garçons. Je ne voulais absolument pas faire
comme ma mère et j'étais terrorisée à l'idée d'avoir des filles. Je suis
interpellée que vous me disiez que j'ai voulu reproduire le modèle de ma mère,
alors que j'ai justement tout fait pour m'en échapper ! (Silence). CO : ... comme mon héroïne, m'en servir comme contre-modèle. (Silence). CO : Vous ne lisez pas cela ? Vous avez certainement
raison. EH : A la fin de votre roman, à
travers la mort de " la soeur ", de Sofia, c'est un événement soudain
qui va permettre une " tiercéïsation " et finalement propose de
passer, de dépasser " l'impossible " passage, à autre chose dans la
vie ; comme si cela révèle l'envers - je dirais même
" l'en-mère " - du décor : la place de Fifi devient évidente,
réelle, par rapport à la mère mettant fin de facto à l'impossible homosexualité
analytique de Maria-Lila et " Sofia ". Fifi " prend les
choses en main " ce que n'avait pas voulu faire, révéler ou
comprendre (?), le père et qui reste totalement interdit la mère. (Sourire
puis silence). CO : Parfois je me dis, lorsque je vois les explications de
texte de mon deuxième fils en classe de seconde, que les professeurs donnent
des interprétations à des textes qui vont, me semble-t-il, bien au-delà de ce
que peut-être l'auteur a voulu dire. J'écris sur des sujets, des événements,
que je ne comprends pas et il est possible que mon écriture m'ait aidée et
m'aide encore aujourd'hui à beaucoup avancer. C'est sûr que je suis plus
intéressée par ce que je n'ai pas compris et que je cherche encore, plus que
par ce que je sais déjà. C'est comme cela que " je gagne des étapes "
et je les partage dans mes livres avec mes lecteurs. Je parle à mes lecteurs
comme je parlais à ma petite soeur qui n'est plus, et cela me permet de
continuer à donner... EH : ..." Comme papa ", vous
êtes une aventurière " en mère " ! Peut-être cherchez-vous à
partager vos découvertes ? Peut-être que vous allez à la pêche, à la
chasse aux idées !? CO : Vos propos me rappellent ce qu'un jour un psy m'avait
fait remarquer sur ce même sujet : je ne mange rien de ce qui vient de la
mer et alors, il m'avait demandé comment j'écrivais le mot
" mer " ? En vous entendant aujourd'hui, je dois dire que je ne
mange rien de ce qui vient du père ; je ne mange rien de ce que mon père a
tué, poisson ou gibier ! EH : Est-ce que papa ne s'est pas
aussi " tué à la relation à maman " ? CO : Qu'est-ce que cela veut dire ? (Silence). CO : Je ne comprends pas. EH : Peut-être a-t-il
comprit qu'il ne pourrait jamais la changer.... CO : C'est peut-être pour cela que je m'occupe de ma mère
encore aujourd'hui. (Long
silence). CO : Vous savez, " on ne sait pas toujours tout ce que
l'on écrit ", il y a des zones que l'on ne maîtrise pas, bien que je fasse
des efforts pour essayer de comprendre. Au fond je ne m'intéresse pas qu'à moi
et c'est en essayant de comprendre les autres que je suis mieux et c'est plus
confortable... EH : ...bien que dans ce roman,
" c'est vous qui nous donnez " à lire, à découvrir ! CO : Je donne à mes lecteurs une partie de moi, comme
expérience enrichissante, pour qu'ils puissent " comprendre ". Dans
ce livre j'ai cherché l'universalité du sujet sur le déracinement et dès à
présent à travers le courrier de lecteurs, hommes ou femmes, que je reçois, ils
me disent qu'ils se sont identifiés à mes personnages ; on peut arriver de
Normandie à Paris et les sensations, les épreuves, sont les mêmes. EH : Votre livre m'a fait pensé
au " Partir " de Tahar Ben Jelloun. CO : Je ne l'ai pas lu. Vous me le conseillez ? EH : Très certainement.
Peut-être, si vous l'acceptez, nous pourrions échanger, en forme de conclusion,
sur votre livre " Deux fois par semaine " dont j'ai recommandé
la lecture de votre livre des dizaines de fois ? CO : J'ai choisi le
titre de ce livre à cause de l'ambigüité de la situation de la relation du
patient avec son psy. Lorsque j'arrivais aux rendez-vous j'avais le coeur qui
battait, je faisais attention aux chaussures que je portais. C'est un livre
assez autobiographique et les raisons de ma présence dans le cabinet du
psychanalyste étaient totalement dramatiques et je ne m'y rendais pas par
curiosité intellectuelle : j'étais totalement désespérée. Il y avait
tout-de-même une ambigüité dans notre relation qui se glissait et me portait à
en rire, parce que j'étais lucide sur le côté dramatique de la situation, c'est
l'envie de séduire ; c'est ce que j'analyse dans le livre : s'il
m'aime bien alors " forcément " il va être capable de me
guérir ! EH : Il vous fallait partir pour
guérir ! CO : Certainement. Puis, " j'ai fait mon transfert avec
Freud " pour l'embêter ! J'étais un peu garce ! J'étais devenue
amoureuse de Freud, je lui en parlais et j'ai voyagé à Vienne. Le psy se
marrait... EH : La suite de l'histoire dans
" N'oublie pas d'être heureuse ! " fait aussi intervenir une
séparation ! CO : Avec le psy ? (Silence). CO : C'est vrai, bien qu'il va m'accompagner toute ma vie,
" et il est là ". Quelques années après, je lui ai offert un livre et
j'ai reçu en retour une longue lettre. (Silence). CO : Je me suis interrogée pour savoir ce que pouvait ressentir
un psy en recevant et en lisant un livre d'une de ses patientes ; il m'a
écrit une lettre très sérieuse. Mais, j'ai été dure avec lui dans
celui-ci : les silences lors des séances étaient pesants, il se limait les
ongles et lorsque je me retournais pour l'observer à moitié provocante, mais
aussi terrifiée, je cherchais à me rebeller et invariablement il me repoussait.
La fin du livre est tragique et j'ai reçu beaucoup de courrier de lecteurd qui
m'ont dit avoir beaucoup pleuré en finissant de le lire. EH : La mort d'un homme ... (Silence). CO : J'avais une maladie dont j'ai oublié le nom et dont
mon psy ne me parlait pas, qui me faisait ressentir que j'étais " partie
de moi ", je ne ressentais plus la vie. Je ne ressentais plus rien.
C'était après la mort de mon père que je ne ressentais plus rien, plus
exactement entre le jour de sa mort et son enterrement. EH : Vous êtes partie avec lui ... CO : C'est cela. EH : Alors, votre psy vous a
probablement poussée à chercher à résoudre, à votre manière, le conflit que vos
parents vous ont fait porter bien malgré vous, à savoir : d'une part,
entre la recherche de sécurité familiale que représentait votre mère, votre
peur, votre stress bien légitime de quitter cette routine que vous décrivez si
bien et confortable de surcroît - d'ailleurs n'est-ce pas ce que Maria-Lila va
tenter, elle aussi, de chercher et de " retrouver " dans la
bourgeoisie qu'elle fréquente et que vous décrivez dans votre roman ? - et
d'autre part, ce besoin que vous tenez de votre père et qui vous fait voir la
vie comme un voyage, une recherche de connaissances, de culture, de hautes
études. Comment allez-vous trouver la paix et l'harmonie qui vous sont si
importantes dans cette opposition apparente ? CO : Je suis partie de moi, alors que je continuais à
m'habiller pour tromper le monde, mais aussi à sortir et à faire semblant
d'aller bien. Je n'avais pas le choix, j'avais un mari malade que je devais
aider... EH : Vous ressembliez à maman et
vous reviviez " la même vie qu'elle " ! N'aviez-vous pas
reproduit une situation identique à celle dans laquelle vous avez connu votre
mère ! CO : En ne m'habitant pas et en étant inerte ? Même si
cela m'est arrivé lors du décès de mon père, je n'arrive pas à dire que ma
souffrance, ma maladie, soit liée à lui. Vous le croyez vraiment ? (Silence). EH : En tous les cas, vous avez
" raccroché à la vie " grâce à cet homme. Grâce à votre psy ! (Très
long silence). EH : Peut-être, tout comme
Maria-Lila, avez-vous retrouvé un lien d'existence qui passe par " le chemin
du père ", le chemin du faire ? CO : Je ne me souviens pas bien. EH : En tous les cas " votre
couple de garçons " ne serait-il pas là pour vous le rappeler jusqu'à
aujourd'hui ? CO : C'est vrai, je voulais des garçons. Mais est-ce
suffisant de vouloir des garçons pour en avoir réellement ? (Silence). CO : J'ai conscience d'avoir un psychisme très fort, au point
de pouvoir influer sur les événements de la vie. Cela me fait peur parfois. Je
suis très fière d'avoir des garçons qui sont beaux, qui sont intelligents. EH : Avez-vous travaillé en
analyse sur " ces sujets " que sont vos garçons pour, " aussi et
notamment ", les aider à se construire de façon individuelle ? CO : Non, mais j'essaye, à ma façon de le faire, sans
commettre trop d'erreurs et je dois dire que j'ai de bonnes relations avec mes
deux fils. Je n'ai pas eu de conflits avec eux. EH : Tout comme votre mère, vous
êtes une mère rassurante ! CO : Peut-être. Je suis une personne passionnée et j'ai
découvert que les passions sont une richesse et que c'est ce que je peux transmettre
de mieux au monde... Contrairement à ma mère qui n'était passionnée par rien. EH : Peut-être ne devriez-vous
pas dire cela de façon aussi péremptoire, car il me semble que votre mère s'est
passionnée pour son confort, pour sa propre existence ? CO : C'est certainement vrai, bien que j'aie des difficultés
à le voir ainsi. EH : Très certainement qu'il y a
aussi un père présent. CO : Vous avez raison. (Silence). Interview réalisée par Eric Hennekein janvier 2009 copyrigth © 2008/2009 Hennekein - tous droits réservés |
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